La concertation sur la refondation de l’Ecole vient de s’achever. Que peut-on en attendre cette année ?

Grande promesse du candidat Hollande, la refondation de l’Ecole s’est traduite par des concertations tenues en juillet et en septembre. Elle doit se prolonger par une loi d’orientation et de programmation. Mais celle-ci n’est attendue – au mieux- quepour le mois de janvier. Le temps de la consultation des syndicats et des autres acteurs est indispensable, mais il faut que l’ambition ne soit pas tirée vers le bas dans ce dialogue qui diffère les propositions. Le premier budget de la mandature – qui prépare la rentrée de septembre 2013 – est prochainement examiné au Parlement alors que le projet de loi d’orientation n’a pas été rendu public et que le débat sur la programmation n’a pas eu lieu. Cela pose problème notamment pour les 60 000 recrutements prévus par le candidat Hollande. Les écologistes partagent l’avis de très nombreux experts, de mouvements pédagogiques et d’éducation, de fédérations de parents d’élèves, de nombreux syndicats d’enseignants, que la formation initiale et continue, la place et le contenu du concours peuvent être des leviers de transformation du métier à long terme. Qu’il faut dégager du temps pour la formation et placer des modalités de recrutement dès la fin de la licence, avec un vrai parcours sécurisé pour obtenir un master professionnel. Avec une alternance sur les terrains de l’Ecole et de son environnement. Qu’il faut varier les voies d’accès au métier : voila un point qui a fait consensus lors de la concertation. Il faut des voies d’accès pour ceux qui choisissent le métier enseignant en seconde carrière. Il faut enfin trouver une solution pérenne d’accès pour les nombreux vacataires et contractuels, en utilisant la validation des acquis de l’expérience.

Choisir de rétablir l’année de formation initiale (en fait la situation avant la réforme Darcos), sans revoir ni les contenus des concours ni les parcours de formation initiale, c’est envoyer un très mauvais signe à l’ensemble de la communauté éducative. Et cela ne résout pas les problèmes de vivier de recrutement, surtout dans des délais courts…

En attendant ces réformes de structure, nous nous inquiétons de voir que le pilotage de l’Education nationale continue comme avant : managérial et technocratique. Le pilotage par les résultats semble avoir encore de beaux jours devant lui, créant du stress à l’école pour tout le monde : les élèves, les parents et les enseignants. On attend toujours des gestes du ministre ou des rectorats pour lever les sanctions à l’égard des enseignants du primaire en résistance, qui s’étaient élevés contre des évaluations qui relevaient de cette logique et affirmaient fortement les valeurs de coopération et d’émancipation au profit des élèves…

Mais il n’y a pas que l’Ecole qui est concernée. Le débat sur les rythmes concerne aussi les communes. Les régions revendiquent la compétence en matière de formation professionnelle et d’orientation. Les écologistes ont-ils une vision particulière sur l’éducation ?

Les Régions le revendiquent, et les annonces faites dans le cadre des Etats généraux de la Démocratie Territoriale vont dans ce sens. Pour nous l’éducation ne se réduit pas à l’Ecole : il y a aussi la famille, la place des tiers-lieux éducatifs (les associations par exemple) mais aussi le rôle des écrans auxquels les enfants sont confrontés de plus en plus tôt. Il ne faudrait pas que l’opportunité d’ouverture, que représente l’allègement de la journée, aboutisse à cloisonner le temps des cours et le temps des activités culturelles, sportives ou scientifiques. Et l’Ecole ferait bien de s’appuyer sur toutes les ressources extérieures pour se refonder, de s’ouvrir plutôt que de se verrouiller, d’être une institution bienveillante plutôt que de rester une machine à exclure. D’ailleurs il existe bien des expériences locales de coopération sur des questions aussi variées que les dispositifs d’accueil des décrocheurs, l’éducation à l’environnement, la résolution non-violente des conflits, l’initiation à la démarche scientifique… mais ce sont surtout des exceptions qui ont du mal à se faire une place reconnue par les acteurs et les institutions.

Nous nous désolons de voir que l’Education nationale n’a pas vraiment coopéré avec les autres ministères pour travailler sur des questions aussi vives que celle des compétences des communes (faut-il rendre obligatoire l’organisation d’un accueil périscolaire ?), de l’éducation prioritaire (question renvoyée au ministère de la ville), de l’orientation (qui ne se réduit pas à la carte des formations après le collège), des projets éducatifs locaux dont la reconnaissance devrait concerner tous les acteurs institutionnels, de la formation tout au long de la vie (qui devrait aussi s’appliquer à l’Ecole elle-même). Hormis la présence de tout le gouvernement, sauf le quai d’Orsay, lors de la restitution, le ministre a donné l’impression d’être le seul à piloter et chaque organisation finit par plaider pour ses intérêts catégoriels. On est loin de l’esprit qui animait l’appel de Bobigny !

Le ministre nous fait chaud au cœur quand il a déclaré le 1er juin que « l’entrée dans tous les sujets se fera par la pédagogie ». Mais ceux qui veulent innover et se heurtent dans les établissements à la rigidité de l’organisation « une heure, une classe, un professeur, une discipline » attendent que l’on passe aux actes… Quant aux questions vives concernant l’évaluation des apprentissages, cela est reporté à plus tard !

La crise économique touche de nombreux jeunes qui ont de plus en plus de mal à accéder à l’emploi, au logement, à la formation… Quelles perspectives proposer ?

Sur cette question, la commission travaille avec les Jeunes Ecologistes comme lors de la convention Education de mai 2011. Il n’y a pas aujourd’hui de la part du gouvernement de vision globale avec de vraies démarches d’accès à l’autonomie et d’accompagnement. Pour les écologistes, cela passe par la création d’un revenu d’autonomie. Certes, beaucoup d’acteurs institutionnels apprennent à coopérer localement. Mais il y a des jeunes invisibles, sans projet, qui voient se réduire leurs réseaux de relations et ceux qui se retrouvent à la rue sont de plus en plus nombreux. Nous nous réjouissons du lancement des emplois d’avenir, mais la rapidité de mise en œuvre ne doit pas se faire au détriment de la qualité. L’expérience des travailleurs sociaux, des missions locales, des régions, mais aussi de tout le champ de l’économie sociale et solidaire devrait être convoquée pour imaginer des dispositifs intelligents qui accompagnent les jeunes et leur ouvre des perspectives durables. Quant aux emplois d’avenir professeurs, on espère qu’ils ne serviront pas de variables d’ajustement mais qu’ils pourront effectivement accéder à la formation et à l’emploi durable d’enseignants.

Il manque un vrai plan d’action avec des perspectives ambitieuses. Des associations d’éducation populaire revendiquent un « big bang des politiques de jeunesse ». Pourquoi se priver des dynamiques coopératives qui existent déjà ? Les constats existent depuis longtemps, comme pour l’Ecole.